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Chapitre 24 : Partie 24
Dans notre cité, qui est plus pleine de fourberie que d'amour ou de foi, vécut, il n'y a pas beaucoup d'années, une dame parée de beauté et de charmes, aussi richement dotée par la nature que toute autre de son sexe de manières engageantes, de noblesse d'esprit et d'esprit subtil. Je sais son nom, mais je n'ai pas l'intention de le révéler, ni aucun autre qui se rapporte à la présente histoire, car il y a encore des gens vivants qui en prendraient ombrage, alors qu'il faudrait la passer avec un rire. Cette dame, donc, se voyant, bien que de haute naissance, mariée à un marchand de laine et ne pouvant, parce qu'il était artisan, se défaire de la hauteur de son esprit, par quoi elle jugeait nul homme de condition médiocre, si riche fût-il, digne d'une gentilfemme, et le voyant de plus, malgré toute sa richesse, inapte à rien de plus important que de monter une chaîne pour une pièce de drap bariolé, de faire tisser une étoffe ou de marchander avec une fileuse au sujet de son fil, elle résolut de nulle manière d'accepter ses embrassements, sinon dans la mesure où elle ne pouvait le lui refuser, mais de chercher, pour sa propre satisfaction, à trouver quelqu'un qui fût plus digne de ses faveurs que le marchand de laine ne lui paraissait l'être, et en conséquence s'éprit si ardemment d'un homme de très bonne qualité et d'âge mûr, que, lorsqu'elle ne le voyait pas le jour, elle ne pouvait passer la nuit suivante sans malaise. Le gentilhomme, ne percevant pas comment l'affaire se présentait, ne prenait pas garde à elle, et elle, étant très circonspecte, n'osait lui faire connaître la chose en envoyant des femmes ni par lettre, craignant les périls possibles qui pourraient advenir. Cependant, observant qu'il compagnonnait beaucoup avec un ecclésiastique, qui, bien qu'un lourdaud stupide, était néanmoins, parce qu'il était un homme de vie très dévote, réputé de presque tous comme un très digne frère, elle pensa que ce dernier ferait une excellente entremetteuse entre elle-même et son amant, et, après avoir réfléchi aux moyens qu'elle devait employer, elle se rendit, en temps opportun, à l'église où il demeurait, et, l'ayant fait appeler à elle, lui dit que, s'il lui plaisait, elle voudrait bien se confesser à lui. Le frère, la voyant et jugeant qu'elle était une femme de condition, lui prêta volontiers l'oreille, et elle, après la confession, lui dit : « Mon père, il me faut avoir recours à vous pour obtenir de l'aide et des conseils concernant ce que vous allez entendre. Je sais, pour vous l'avoir dit moi-même, que vous connaissez mes parents et mon mari, qui m'aime plus que sa vie, et il n'est rien que je désire que je n'obtienne de lui sur-le-champ, car il est un homme très riche et qui peut bien se le permettre ; c'est pourquoi je l'aime plus que moi-même, et si je pensais seulement, et à plus forte raison si je faisais quoi que ce fût qui pût être contraire à son honneur et à son plaisir, il n'y aurait pas de femme plus méchante ni plus digne du feu que moi. Or, un homme, dont en vérité je ne sais pas le nom, mais qui est, me semble-t-il, un homme de condition, et qui est, si je ne me trompe, souvent en votre compagnie, — un homme bien fait et grand de sa personne, vêtu de vêtements tristes très décents, — ignorant peut-être la constance de mon propos, semble m'avoir assiégée, et je ne puis me montrer à la porte ni à la fenêtre ni sortir de la maison, sans qu'il survienne aussitôt devant moi, et je m'étonne qu'il ne soit pas ici maintenant ; ce dont je suis fort inquiète, car de telles manières conduisent souvent les femmes vertueuses au blâme, sans leur faute. J'ai parfois eu l'idée de le faire avertir de cela par mes frères ; mais ensuite j'ai pensé que les hommes font souvent des messages de telle manière qu'il s'ensuit de mauvaises réponses, qui donnent lieu à des paroles et des paroles on en vient aux actes ; c'est pourquoi, de peur qu'il n'en résulte du mal et du scandale, j'ai gardé le silence sur la chose et j'ai décidé de la découvrir à vous-même plutôt qu'à un autre, à la fois parce qu'il me semble que vous êtes son ami et parce qu'il vous sied de reprendre non seulement les amis, mais les étrangers, de telles choses. Je vous supplie donc, pour l'amour du seul Dieu, que vous le reprendiez de cela et le priiez de laisser ces manières. Il y a assez de femmes, qui inclinent peut-être à ces bagatelles et prendraient plaisir à être suivies et courtisées par lui, tandis que pour moi, qui n'ai nulle envie de telles matières, c'est un très grief ennui. » Ce disant, elle baissa la tête comme si elle allait pleurer. Le saint frère comprit sur-le-champ de qui elle parlait et, croyant fermement que ce qu'elle disait était vrai, loua grandement son intention juste et lui promit de faire en sorte qu'elle n'eût plus d'ennui de la part de la personne en question ; et, la sachant très riche, il lui recommanda les œuvres de charité et d'aumônes, lui racontant son propre besoin. Dit la dame : « Je vous en supplie pour l'amour de Dieu, et s'il le nie, je vous prie de ne pas hésiter à lui dire que c'est moi qui vous ai dit cela et qui m'en suis plainte à vous. » Puis, après avoir fait sa confession et reçu sa pénitence, se rappelant les exhortations du frère aux œuvres d'aumône, elle remplit furtivement sa main d'argent, le priant de dire des messes pour les âmes de ses parents morts ; après quoi elle se leva de ses pieds et, prenant congé de lui, retourna chez elle. Peu de temps après arriva le gentilhomme, selon sa coutume, et après qu'ils eurent parlé un moment de choses et d'autres, le frère, tirant son ami à l'écart, le reprit très civilement de la manière dont, comme il le croyait, il poursuivait et épiait la dame susdite, selon ce qu'elle lui avait donné à comprendre. L'autre s'étonna, comme il se devait, n'ayant jamais posé les yeux sur elle et ayant coutume de passer très rarement devant sa maison, et aurait voulu s'excuser ; mais le frère ne le laissa pas parler, disant : « Ne fais pas montre d'étonnement ni ne perds de paroles à le nier, car cela ne te servira à rien ; je n'ai pas appris ces choses des voisins ; non, elle-même me les a dites, se plaignant vivement de toi. Et outre que de telles bagatelles ne siéent pas à un homme de ton âge, je puis te dire ceci d'elle, que si jamais j'ai vu une femme adverse à ces folies, c'est elle ; c'est pourquoi, pour ton propre crédit et son confort, je te prie de t'en abstenir et de la laisser en paix. » Le gentilhomme, plus vif d'esprit que le frère, ne tarda pas à saisir le stratagème de la dame, et feignant d'être quelque peu confus, promit de ne plus se mêler d'elle désormais ; puis, prenant congé du frère, il se rendit à la maison de la dame, qui attendait encore à une petite fenêtre, afin de le voir, s'il passait par là. Quand elle le vit venir, elle se montra si joyeuse et si gracieuse envers lui, qu'il pouvait très bien comprendre qu'il avait saisi la vérité des paroles du frère, et désormais, sous couleur d'autres affaires, il commença avec la plus grande précaution à passer continuellement par la rue, pour son propre plaisir et pour la joie et le réconfort extrêmes de la dame. Après quelque temps, voyant qu'elle lui plaisait autant qu'il lui plaisait et souhaitant l'enflammer davantage et le certifier de l'amour qu'elle lui portait, elle se rendit de nouveau, choisissant son temps et son lieu, chez le saint frère et, s'asseyant à ses pieds dans l'église, se mit à pleurer. Le frère, voyant cela, lui demanda affectueusement ce qu'elle avait de nouveau. « Hélas, mon père, » répondit-elle, « ce qui me fait mal n'est autre que votre ami maudit de Dieu, dont je me suis plainte à vous l'autre jour, car je pense qu'il est né pour mon tourment particulier et pour me faire faire une chose telle que je ne devrais jamais être joyeuse ni après cela n'oser jamais m'asseoir à vos pieds. » « Comment ? » s'écria le frère. « N'a-t-il pas cessé de t'ennuyer ? » « Non, vraiment, » répondit-elle ; « non, depuis que je me suis plainte de lui à vous, comme par dépit, peut-être prenant mal que j'aie fait ainsi, car pour chaque fois qu'il avait coutume de passer devant ma maison, je crois vraiment qu'il a passé sept fois. Et plût à Dieu qu'il se contente de passer et de m'épier ! Non, il est devenu si hardi et si impertinent que pas plus tard qu'hier, il m'a dépêché une femme à la maison avec ses discours et ses bagatelles et m'a envoyé une bourse et une ceinture, comme si je n'avais pas assez de bourses et de ceintures ; ce que j'ai pris et prends si mal que je crois, sans égard pour le péché et ensuite pour l'amour de vous, j'aurais fait le diable. Cependant, je me suis contenue et je n'ai voulu rien faire ou dire dont je ne vous eusse d'abord fait savoir. Non, j'avais déjà rendu la bourse et la ceinture à la souillon qui les a apportées, afin qu'elle les reporte à lui, et je l'avais congédiée vertement, mais ensuite, craignant qu'elle ne les garde pour elle et ne lui dise que je les avais acceptés, comme j'entends que les femmes de sa sorte font parfois, je l'ai rappelée et les lui ai reprises, pleine de dépit, des mains et je vous les ai apportées, afin que vous les lui rendiez et lui disiez que je ne veux point de ses babioles, car, grâce à Dieu et à mon mari, j'ai assez de bourses et de ceintures pour l'étouffer. De plus, s'il ne cesse pas à l'avenir, je vous le dis, en père, vous devez m'excuser, mais je le dirai, advienne que pourra, à mon mari et à mes frères ; car j'aimerais bien mieux qu'il essuyât une affront, s'il le faut, que de souffrir le blâme à cause de lui ; c'est pourquoi qu'il prenne garde à lui. » Ce disant, pleurant toujours fort, elle tira de dessous sa sur-robe une très belle et riche bourse et une ceinture curieuse et coûteuse et les jeta dans le giron du frère, qui, croyant pleinement ce qu'elle lui disait et outrepassé de mesure, les prit et lui dit : « Fille, je ne m'étonne pas que tu sois provoquée à ces agissements, et je ne puis t'en blâmer ; mais je te loue beaucoup d'avoir suivi mon conseil en la matière. Je l'ai repris l'autre jour et il a mal exécuté ce qu'il m'avait promis ; c'est pourquoi, tant pour cela que pour ce qu'il vient de faire, j'ai l'intention de lui chauffer les oreilles[158] de telle façon que je pense qu'il ne te donnera plus de souci ; mais toi, que la bénédiction de Dieu soit sur toi, ne te laisse pas vaincre par la colère au point de le dire à aucun des tiens, car un trop grand mal pourrait s'ensuivre pour lui. Ne crains pas non plus que ce blâme te revienne en rien, car je serai toujours, devant Dieu et devant les hommes, un très constant témoin de ta vertu. » La dame fit semblant d'être quelque peu réconfortée et, laissant ce discours, dit, comme quelqu'un qui connaissait sa cupidité et celle de ses compagnons d'église : « Monsieur, ces nuits passées me sont apparus plusieurs de mes parents, qui ne demandent que des aumônes, et il me semble qu'ils sont dans un tourment excessif, surtout ma mère, qui m'apparaît en si mauvais état et affliction que c'est pitié à voir. Je pense qu'elle souffre une détresse extrême à me voir dans cette tribulation avec cet ennemi de Dieu ; c'est pourquoi je voudrais que vous me disiez quarante messes de saint Grégoire pour elle et leurs âmes, avec certaines de vos propres prières, afin que Dieu les délivre de ce feu de pénitence. » Ce disant, elle mit un florin dans sa main, que le saint père reçut allègrement et, confirmant sa dévotion par de belles paroles et une abondance d'exemples pieux, lui donna sa bénédiction et la laissa partir. La dame partie, le frère, ne pensant jamais comment il était dupé, envoya chercher son ami, qui, venant et le trouvant troublé, devina aussitôt qu'il allait avoir des nouvelles de la dame et attendit ce que le frère dirait. Celui-ci répéta ce qu'il lui avait dit auparavant et, lui parlant de nouveau avec colère et reproche, le reprit sévèrement de ce que, selon le rapport de la dame, il avait fait. Le gentilhomme, ne percevant pas encore le propos du frère, nia faiblement lui avoir envoyé la bourse et la ceinture, afin de ne pas détromper le frère, au cas où la dame lui aurait fait croire qu'il avait fait cela ; ce dont le bonhomme fut fort irrité et dit : « Comment peux-tu le nier, méchant homme que tu es ! Vois, les voici, car elle-même me les a apportées, en pleurant ; regarde si tu les reconnais. » Le gentilhomme feignit d'être fort confus et répondit : « Oui, je les reconnais bien et je vous confesse que j'ai mal fait ; mais je vous jure, puisque je la vois ainsi disposée, que vous n'entendrez plus jamais un mot de cela. » Bref, après de nombreuses paroles, le sot de frère donna à son ami la bourse et la ceinture et le congédia, après l'avoir tancé d'importance et l'avoir supplié de ne plus s'occuper de ces folies, ce qu'il lui promit. Le gentilhomme, ravi tant de l'assurance qu'il croyait avoir de l'amour de la dame que du beau présent, ne fut pas plus tôt quitte du frère qu'il se rendit en un lieu où il fit en sorte de laisser voir à sa maîtresse qu'il avait l'une et l'autre chose ; ce dont elle fut grandement réjouie, d'autant plus que son stratagème lui semblait aller de mieux en mieux. Elle n'attendait plus que le départ de son mari pour achever l'œuvre, et il arriva peu de temps après qu'il lui fallut se rendre à Gênes pour quelque affaire. Dès qu'il fut monté à cheval le matin et parti, la dame se rendit chez le saint homme et, après de nombreuses lamentations, lui dit en pleurant : « Mon père, je vous dis maintenant clairement que je n'en puis plus ; mais, parce que je vous ai promis l'autre jour de ne rien faire sans d'abord vous le dire, je viens m'excuser auprès de vous ; et afin que vous croyiez que j'ai bien raison de pleurer et de me plaindre, je vous dirai ce que votre ami, ou plutôt diable incarné, m'a fait ce matin même, un peu avant matines. Je ne sais quel mauvais hasard lui a donné de savoir que mon mari devait aller à Gênes hier matin ; quoi qu'il en soit, ce matin, à l'heure que je vous dis, il est entré dans un jardin à moi et, grimpant par un arbre jusqu'à la fenêtre de ma chambre à coucher, qui donne sur le jardin, il avait déjà ouvert la jalousie et était sur le point d'entrer, quand je me suis réveillée soudain et, me levant brusquement, j'ai fait mine de crier, bien plus, j'aurais certainement crié, mais il, qui n'était pas encore entré, m'a suppliée de grâce au nom de Dieu et au vôtre, me disant qui il était ; ce qu'ayant entendu, je me suis tue pour l'amour de vous et, nue comme je suis née, j'ai couru lui refermer la fenêtre au nez ; sur quoi je suppose qu'il s'en est allé (que la malchance l'accompagne !), car je n'ai plus entendu parler de lui. Voyez maintenant si c'est une belle chose et supportable. Pour ma part, j'ai l'intention de ne plus le supporter ; non, je l'ai déjà supporté trop longtemps par amour pour vous. » Le frère, entendant cela, fut l'homme le plus courroucé du monde et ne sut que dire, si ce n'est demander à plusieurs reprises si elle s'était bien assurée que c'était bien lui et non un autre ; à quoi elle répondit : « Loué soit Dieu ! Comme si je ne le connaissais pas encore d'un autre ! Je vous dis que c'était lui-même, et s'il le nie, ne le croyez pas. » Alors dit le frère : « Fille, il n'y a rien à dire sinon que c'était une effronterie excessive et une chose excessivement mal faite, et en le renvoyant, comme tu l'as fait, tu as fait ce qu'il te fallait faire. Mais je te supplie, puisque Dieu t'a préservée de la honte, que, comme tu as deux fois suivi mon conseil, tu le fasses encore cette fois-ci ; à savoir, sans te plaindre à aucun de tes parents, laisse-moi voir si je peux brider ce diable lâché, que je croyais un saint. Si je parviens à le détourner de cette lubricité, bien et bon ; sinon, je te donne la permission, désormais, de faire de lui ce que ton âme jugera le meilleur, et ma bénédiction t'accompagne. » « Eh bien, alors, » répondit la dame, « pour cette fois je veux bien ne pas te contrarier ou te désobéir ; mais veille à faire en sorte qu'il se garde de m'ennuyer de nouveau, car je te promets que je ne reviendrai jamais vers toi pour cette cause. » Là-dessus, sans en dire plus, elle prit congé du frère et s'en alla, comme si elle était en colère. À peine était-elle sortie de l'église que le gentilhomme arriva et fut appelé par le frère, qui, le prenant à part, lui fit la plus belle semonce que jamais homme ait reçue, le traitant de déloyal, de parjure et de traître. L'autre, qui avait déjà eu deux fois l'occasion de connaître la teneur des réprimandes du moine, resta attentif et étudia, par des réponses embarrassées, à le faire parler, disant, d'abord : « Pourquoi toute cette passion, Monsieur ? Aurais-je crucifié le Christ ? » Sur quoi, « Vois cet effronté ! » s'écria le frère. « Écoute ce qu'il dit ! Il parle comme si une année ou deux étaient passées et qu'il eût par lapse de temps oublié ses méfaits et sa lubricité ! As-tu donc oublié entre maintenant et matines que tu as outragé quelqu'un ce matin même ? Où étais-tu ce matin un peu avant le jour ? » « Je ne sais, » répondit le gentilhomme ; « mais où que ce fût, la nouvelle vous en est parvenue bien tôt. » Dit le frère : « Certes, la nouvelle m'en est parvenue. Sans doute supposais-tu, parce que son mari était absent, qu'il fallait que la dame te reçût sur-le-champ dans ses bras. Une belle chose, vraiment ! Voilà un joli garçon ! Voilà un homme honorable ! Il est devenu un rôdeur de nuit, un briseur de jardin, un grimpeur d'arbre ! Penses-tu par importunité vaincre la chasteté de cette dame, toi qui grimpes à ses fenêtres la nuit par les arbres ? Il n'y a rien au monde qui lui déplaise autant que toi ; pourtant, il faut que tu t'y essayes encore et encore. Vraiment, tu as bien profité de mes admonitions, sans compter qu'elle t'a montré son aversion de plusieurs manières. Mais j'ai ceci à te dire ; elle a jusqu'à présent, non pour aucun amour qu'elle te porte, mais à mon instante prière, gardé le silence sur ce que tu as fait ; mais elle ne le fera plus ; je lui ai donné la permission de faire ce qui lui semblera bon, si tu l'ennuies encore en quoi que ce soit. Que feras-tu, si elle le dit à ses frères ? » Le gentilhomme, ayant maintenant recueilli assez de ce qu'il lui importait de savoir, apaisa le frère, comme il savait le mieux et pouvait, par de nombreuses et amples promesses, et, prenant congé de lui, attendit jusqu'à l'heure des matines[159] de la nuit suivante, quand il se fraya un chemin dans le jardin et grimpa par l'arbre jusqu'à la fenêtre. Il trouva la jalousie ouverte et, entrant dans la chambre aussi rapidement qu'il le put, se jeta dans les bras de sa belle maîtresse, qui, l'ayant attendu avec la plus grande impatience, le reçut joyeusement, disant : « Grâce à monseigneur le frère qui t'a si bien enseigné le chemin d'ici ! » Puis, prenant leur plaisir l'un de l'autre, ils se consolèrent ensemble avec grande joie, devisant et riant fort de la simplicité du sot de frère et se moquant des écheveaux de laine, des chardons et des peignes à carder. De plus, ayant pris des arrangements pour leurs entretiens futurs, ils firent en sorte que, sans avoir à recourir de nouveau à monseigneur le frère, ils se rencontrèrent avec une égale joie bien des autres nuits, à la pareille desquelles je prie Dieu, de Sa sainte miséricorde, de me conduire promptement ainsi que toutes les âmes chrétiennes qui en ont le désir. »
[Note 158 : Littéralement (riscaldare gli orecchi).]
[Note 159 : C'est-à-dire trois heures du matin le lendemain.]
LA QUATRIÈME HISTOIRE
[Troisième Journée]
DOM FELICE APPREND À FRÈRE PUCCIO COMMENT IL PEUT DEVENIR BIENHEUREUX EN ACCOMPLISSANT UNE CERTAINE PÉNITENCE SELON SA FAÇON, CE QUE L'AUTRE FAIT, ET DOM FELICE MÈNE PENDANT CE TEMPS UNE VIE JOYEUSE AVEC LA FEMME DU BON HOMME
Filomena, ayant achevé son histoire, se tut, et Dioneo, ayant avec un doux langage hautement loué la sagacité de la dame ainsi que la prière par laquelle Filomena avait conclu, la reine se tourna avec un sourire vers Pamfilo et dit : « Allons, Pamfilo, continue notre divertissement par quelque agréable bagatelle. » Pamfilo répondit promptement qu'il le ferait volontiers et commença ainsi : « Madame, il y a plusieurs personnes qui, tout en étudiant pour entrer au Paradis, envoient involontairement les autres là-bas ; ce qui arriva, il n'y a pas longtemps, à un de nos voisins, comme vous l'entendrez.