八
探访五号包厢
我们刚才说到,菲尔曼·理查德先生和阿尔芒·蒙夏尔曼先生正决定去五号正包厢做一次小小的探访。
他们身后,是那道从行政办公室前厅通往舞台及其附属区域宽阔的楼梯;他们穿过了舞台(台面),从订户入口进入剧场,再由左侧第一条走廊进入观众厅。随后,他们溜进乐队池前排座椅之间,望向五号正包厢。由于包厢半明半暗,且红色天鹅绒扶手上有巨大的罩布垂落,他们看不太真切。
此刻,在这巨大的幽暗船舱中,几乎只有他们二人,周遭一片死寂。这是机械师们去喝酒的安宁时分。
舞台上的布景组暂时撤空了台面,只留下半幅搭好的景;几缕光线(一种惨白、阴森,仿佛从垂死星辰那里偷来的光)不知从哪处缝隙渗入,落在一座旧塔上,那塔的纸板城垛在舞台上竖立着;在这虚假的夜色,或更确切地说,这骗人的白昼里,万物呈现出奇异的形状。乐队池的座椅上,蒙着的布宛如狂怒的大海,青灰色的波涛仿佛遵照风暴巨神——众所周知他名叫阿达马斯托尔——的秘密号令,瞬间凝住。蒙夏尔曼先生和理查德先生,便是这片静止动荡的绘布之海中遇难的船客。他们以大幅划水之姿朝左侧包厢前进,如同弃船的水手挣扎靠岸。八根抛光的斜列巨柱在阴影中耸立,宛如无数惊人的木桩,撑住那危崖般摇摇欲坠、臃肿外凸的岩壁,其层叠由正厅、二层、三层包厢阳台那环形、平行而微弯的线条勾勒。崖顶,在勒内弗先生铜色天空的最高处,有些面孔正做鬼脸、讥笑、嘲弄、奚落蒙夏尔曼和理查德二先生的不安。那些面孔平日里却极是庄重。它们名为:伊西斯、安菲特里忒、赫柏、佛罗拉、潘多拉、普赛克、忒提斯、波莫娜、达芙妮、克吕提厄、加拉忒亚、阿瑞图萨。是的,连阿瑞图萨本人,以及因魔盒而家喻户晓的潘多拉,都望着这两位新任歌剧院经理——他们终于攀住某块残骸,默然凝望五号正包厢。我说过他们不安。至少,我如此推测。总之蒙夏尔曼先生承认自己受了触动。他原话如此:“自我们接替波利尼和德比安两位先生以来,歌剧院幽灵那架‘秋千’(什么文风!)这般殷勤地让我们登上去,无疑终是扰乱了我想象机能的平衡,且总而言之,也扰乱了视觉机能,因为(是我们置身其中的异样布景,以及那令我们如此震撼的难以置信的寂静所致?……还是由于观众厅几近全黑、五号包厢浸在昏暝中,我们成了某种幻觉的玩物?)因为我和理查德同时,在五号包厢里看见了一个形体。理查德一言未发;我也同样。但我们以同一动作握住了彼此的手。接着,我们这样等了几分钟,不动,目光始终钉在同一处:但那形体消失了。于是我们退出,在走廊里交流感受,谈起了‘那个形体’。糟糕的是,我的形体和理查德的截然不同。我看见的,像是搁在包厢栏沿上的一颗骷髅头,而理查德瞥见的是一个老妇人的形体,像吉里妈妈。我们这才明白当真受了错觉的戏弄,便不再耽搁,大笑着疯也似地冲进五号正包厢,进去后,再没发现任何形体。”
此刻我们便在五号包厢中。
这是间与其他正包厢无异的包厢。实在说,它与其相邻的包厢毫无分别。
蒙夏尔曼和理查德两位先生,故意嬉闹着,彼此取笑,翻弄包厢里的家具,掀起罩布和座椅,尤其细查那张“声音惯常落座”的椅子。但他们确认,那不过是张老实巴交的扶手椅,毫无魔力可言。总之,这包厢是最寻常的包厢,红帷幔、座椅、小地毯,以及红天鹅绒扶手。他们以最严肃的态度摸遍小地毯,上下左右皆无特殊发现,便下到对应的下层池座。在五号池座——恰位于乐队池左侧第一出口的拐角——他们同样没找到任何值得称道之物。
“这些人全在耍我们,”菲尔曼·理查德终于喊道,“星期六演《浮士德》,我俩就都坐在五号正包厢看戏!”
VII
UNE VISITE À LA LOGE N° 5
Nous avons quitté MM. Firmin Richard et Armand Moncharmin dans le
moment qu'ils se décidaient à aller faire une petite visite à la
première loge n° 5.
Ils ont laissé derrière eux le large escalier qui conduit du vestibule
de l'administration à la scène et ses dépendances; ils ont traversé
la scène (le plateau), ils sont entrés dans le théâtre par l'entrée
des abonnés, puis, dans la salle, par le premier couloir à gauche. Ils
se sont alors glissés entre les premiers rangs des fauteuils
d'orchestre et ont regardé la première loge n° 5. Ils la virent mal
à cause qu'elle était plongée dans une demi-obscurité et que
d'immenses housses étaient jetées sur le velours rouge des
appuis-mains.
À ce moment, ils étaient presque seuls dans l'immense vaisseau
ténébreux et un grand silence les entourait. C'était l'heure
tranquille où les machinistes vont boire.
L'équipe avait momentanément vidé le plateau, laissant un décor
moitié planté; quelques rais de lumière (une lumière blafarde,
sinistre, qui semblait volée à un astre moribond), s'étaient
insinués par on ne sait quelle ouverture, jusqu'à une vieille tour qui
dressait ses créneaux en carton sur la scène; les choses, dans cette
nuit factice, ou plutôt dans ce jour menteur, prenaient d'étranges
formes. Sur les fauteuils de l'orchestre, la toile qui les recouvrait
avait l'apparence d'une mer en furie, dont les vagues glauques avaient
été instantanément immobilisées sur l'ordre secret du géant des
tempêtes, qui, comme chacun sait, s'appelle Adamastor. MM. Moncharmin
et Richard étaient les naufragés de ce bouleversement immobile d'une
mer de toile peinte. Ils avançaient vers les loges de gauche, à
grandes brassées, comme des marins qui ont abandonné leur barque et
cherchent à gagner le rivage. Les huit grandes colonnes en échaillon
poli se dressaient dans l'ombre comme autant de prodigieux pilotis
destinés à soutenir la falaise menaçante, croulante et ventrue, dont
les assises étaient figurées par les lignes circulaires, parallèles
et fléchissantes des balcons des premières, deuxièmes et troisièmes
loges. Du haut, tout en haut de la falaise, perdues dans le ciel de
cuivre de M. Lenepveu, des figures grimaçaient, ricanaient, se
moquaient, se gaussaient de l'inquiétude de MM. Moncharmin et Richard.
C'étaient pourtant des figures fort sérieuses à l'ordinaire. Elles
s'appelaient: Isis, Amphitrite, Hébé, Flore, Pandore, Psyché,
Thétis, Pomone, Daphné, Clythie, Galathée, Aréthuse. Oui, Aréthuse
elle-même et Pandore que tout le monde connaît à cause de sa boîte,
regardaient les deux nouveaux directeurs de l'Opéra qui avaient fini
par s'accrocher à quelque épave, et qui, de là, contemplaient en
silence la première loge n° 5. J'ai dit qu'ils étaient inquiets. Du
moins, je le présume. M. Moncharmin, en tout cas, avoue qu'il était
impressionné. Il dit textuellement: «Cette «balançoire» (quel
style!) du fantôme de l'Opéra, sur laquelle on nous avait si gentiment
fait monter, depuis que nous avions pris la succession de MM. Poligny et
Debienne, avait fini sans doute par troubler l'équilibre de mes
facultés imaginatives, et, à tout prendre, visuelles, car (était-ce
le décor exceptionnel dans lequel nous nous mouvions, au centre d'un
incroyable silence qui nous impressionna à ce point?... fûmes-nous le
jouet d'une sorte d'hallucination rendue possible par la
quasi-obscurité de la salle et la pénombre qui baignait la loge n°
5?) car j'ai vu et Richard aussi a vu, dans le même moment, une forme
dans la loge n° 5. Richard n'a rien dit; moi, non plus, du reste. Mais
nous nous sommes pris la main d'un même geste. Puis, nous avons attendu
quelques minutes ainsi, sans bouger, les yeux toujours fixés sur le
même point: mais la forme avait disparu. Alors, nous sommes sortis et,
dans le couloir, nous nous sommes fait part de nos impressions et nous
avons parlé de _la forme._ Le malheur est que ma forme, à moi,
n'était pas du tout la forme de Richard. Moi, j'avais vu comme une
tête de mort qui était posée sur le rebord de la loge, tandis que
Richard avait aperçu une forme de vieille femme qui ressemblait à la
mère Giry. Si bien que nous vîmes que nous avions été réellement le
jouet d'une illusion et que nous courûmes sans plus tarder et en riant
comme des fous à la première loge n° 5, dans laquelle nous entrâmes
et dans laquelle nous ne trouvâmes plus aucune forme.»
Et maintenant nous voici dans la loge n° 5.
C'est une loge comme toutes les autres premières loges. En vérité,
rien ne distingue cette loge de ses voisines.
MM. Moncharmin et Richard, s'amusant ostensiblement et riant l'un de
l'autre, remuaient les meubles de la loge, soulevaient les housses et
les fauteuils et examinaient en particulier celui sur lequel _la voix
avait l'habitude de s'asseoir._ Mais ils constatèrent que c'était un
honnête fauteuil, qui n'avait rien de magique. En somme, la loge était
la plus ordinaire des loges, avec sa tapisserie rouge, ses fauteuils, sa
carpette et son appui-mains en velours rouge. Après avoir tâté le
plus sérieusement du monde la carpette et n'avoir, de ce côté comme
des autres, rien découvert de spécial, ils descendirent dans la
baignoire du dessous, qui correspondait à la loge n° 5. Dans la
baignoire n°5, qui est juste au coin de la première sortie de gauche
des fauteuils d'orchestre, ils ne trouvèrent rien non plus qui
méritât d'être signalé.
--Tous ces gens-là se moquent de nous, finit par s'écrier Firmin
Richard; samedi, on joue _Faust_, nous assisterons à la représentation
tous les deux dans la première loge n°5!