CHAPTER XLIX.
Chapitre 50 : CHAPITRE XLIX.
CHAPITRE XLIX.
Quoi qu’il en parût inexplicable, dans les circonstances de sa libération, à toute la famille, il était certain qu’Edward était libre ; et à quoi cette liberté serait employée, nul ne se trompait guère en le prédisant : car après avoir éprouvé les fruits d’un engagement imprudent, contracté sans le consentement de sa mère, comme il l’avait déjà fait depuis plus de quatre ans, on ne pouvait attendre de lui, à la rupture de celui-là, rien de moins que de contracter aussitôt un autre engagement.
Sa mission à Barton, en vérité, était simple. Il ne s’agissait que de demander à Elinor de l’épouser ; — et, considérant qu’il n’était pas tout à fait inexpérimenté en une telle demande, il pouvait paraître étrange qu’il se sentît si mal à l’aise en cette occurrence qu’il le fut réellement, si en besoin d’encouragement et d’air frais.
Combien tôt il se fut résolu à la résolution convenable, combien tôt une occasion de l’exercer se présenta, de quelle manière il s’exprima, et comment il fut reçu, n’a point besoin d’être particulièrement dit. Seulement ceci doit être dit : que lorsqu’ils se mirent tous à table à quatre heures, environ trois heures après son arrivée, il avait gagné sa dame, obtenu le consentement de sa mère, et n’était non seulement dans la profession ravie de l’amant, mais, en réalité de raison et de vérité, l’un des plus heureux des hommes. Sa situation, en effet, était plus que communément joyeuse. Il avait plus que le triomphe ordinaire de l’amour accepté pour enfler son cœur et élever son esprit. Il était délivré, sans aucun reproche pour lui-même, d’un embarras qui avait longtemps formé son malheur, d’une femme qu’il avait cessé d’aimer depuis longtemps ; — et élevé aussitôt à cette sécurité avec une autre, qu’il avait dû contempler presque avec désespoir, dès qu’il avait appris à la considérer avec désir. Il fut amené, non du doute ou de l’incertitude, mais du malheur au bonheur ; — et le changement fut ouvertement exprimé dans une gaîté si sincère, si naturelle, si reconnaissante, que ses amis ne lui en avaient jamais témoigné de pareille.
Son cœur était à présent ouvert à Elinor, toutes ses faiblesses, toutes ses erreurs confessées, et sa première attache puérile pour Lucy traitée avec toute la dignité philosophique de vingt-quatre ans.
« C’était, dit-il, une inclination folle et oisive de ma part, conséquence de l’ignorance du monde et du manque d’occupation. Si ma mère m’avait donné quelque profession active lorsqu’à dix-huit ans je fus retiré des soins de M. Pratt, je pense, nay, j’en suis sûr, cela ne fût jamais arrivé ; car bien que j’aie quitté Longstaple avec ce que je croyais alors une préférence inconquérable pour sa nièce, si j’avais eu alors quelque occupation, quelque objet pour emplir mon temps et me tenir éloigné d’elle pour quelques mois, j’aurais bientôt surmonté l’attachement fantasmé, surtout en fréquentant davantage le monde, comme en tel cas j’aurais dû le faire. Mais au lieu d’avoir quoi que ce fût à faire, au lieu qu’on m’eût choisi une profession ou permis d’en choisir une moi-même, je revins chez moi pour être complètement oisif ; et durant les douze premiers mois qui suivirent je n’eus même pas l’emploi nominal que m’eût donné l’appartenance à l’université ; car je ne fus inscrit à Oxford qu’à dix-neuf ans. Je n’avaus donc rien au monde à faire sinon de m’imaginer amoureux ; et comme ma mère ne rendait pas mon foyer confortable en tout point, comme je n’avais ni ami ni compagnon en mon frère, et que je détestais les nouvelles connaissances, il n’était pas naturel que je fusse très souvent à Longstaple, où je me sentais toujours chez moi, et où j’étais toujours sûr d’un accueil ; et en conséquence j’y passai la plus grande partie de mon temps de dix-huit à dix-neuf ans : Lucy paraissait tout ce qu’il y a d’aimable et d’obligeant. Elle était jolie aussi — du moins je le pensais alors ; et j’avais si peu vu d’autres femmes, que je ne pouvais faire de comparaisons, ni voir de défauts. Considérant tout, donc, j’espère, aussi fol que fût notre engagement, aussi fol qu’il a depuis été prouvé en tout point, qu’il ne fut pas alors une folie non naturelle ni inexcusable. »
Le changement qu’en quelques heures avaient produit dans les esprits et le bonheur des Dashwood, était tel — si grand — qu’il leur promettait à tous la satisfaction d’une nuit sans sommeil. Mme Dashwood, trop heureuse pour être à l’aise, ne savait comment aimer Edward, ni assez louer Elinor, comment être assez reconnaissante de sa délivrance sans blesser sa délicatesse, ni comment à la fois leur donner loisir pour un entretien sans contrainte ensemble, et pourtant jouir, comme elle le souhaitait, de la vue et de la société de l’un et l’autre.
Marianne ne pouvait exprimer son bonheur que par des larmes. Des comparaisons surgiraient — des regrets s’élèveraient ; et sa joie, bien que sincère comme son amour pour sa sœur, était d’une sorte à ne lui donner ni esprit ni langage.
Mais Elinor — comment décrire ses sentiments ? Du moment où elle apprit que Lucy était mariée à un autre, qu’Edward était libre, au moment où il justifia les espérances qui avaient si instantanément suivi, elle fut tour à tour tout excepté tranquille. Mais quand le second moment fut passé, quand elle trouva tout doute, toute sollicitude ôtés, compara sa situation à ce qu’elle avait été si récemment, — le vit honorablement dégagé de son précédent engagement, — le vit aussitôt profiter de cette délivrance, pour s’adresser à elle et déclarer une affection aussi tendre, aussi constante qu’elle l’avait jamais supposée, — elle fut oppressée, elle fut accablée par sa propre félicité ; et heureusement disposé comme l’est l’esprit humain à se familiariser aisément avec tout changement en mieux, il lui fallut plusieurs heures pour donner de la sedate à ses esprits, ou quelque degré de tranquillité à son cœur.
Edward était à présent fixé au cottage pour au moins une semaine ; — car quelles que fussent les autres revendications sur lui, il était impossible que moins d’une semaine fût donnée à la jouissance de la compagnie d’Elinor, ou suffît à dire la moitié de ce qui devait être dit du passé, du présent et du futur ; — car bien que quelques heures passées au dur labeur d’une conversation incessante expédient plus de sujets qu’il n’y en peut avoir en commun entre deux créatures raisonnables, avec les amants c’est différent. Entre eux nul sujet n’est achevé, nulle communication même faite, jusqu’à ce qu’elle l’ait été au moins vingt fois.
Le mariage de Lucy, l’étonnement incessant et raisonnable parmi eux tous, forma bien sûr l’une des premières discussions des amants ; — et la connaissance particulière qu’Elinor avait de chacun des partis le lui fit paraître sous tout aspect comme l’une des circonstances les plus extraordinaires et inexplicables qu’elle eût jamais entendues. Comment ils avaient pu être jetés ensemble, et par quelle attraction Robert avait pu être amené à épouser une fille dont elle avait elle-même entendu parler sans aucune admiration, — une fille d’ailleurs déjà engagée à son frère, et pour laquelle ce frère avait été rejeté par sa famille — c’était hors de sa compréhension à éclaircir. Pour son propre cœur c’était une affaire délicieuse, pour son imagination c’en était même une ridicule, mais pour sa raison, son jugement, c’était complètement une énigme.
Edward ne pouvait tenter d’explication qu’en supposant que, peut-être, d’abord par rencontre accidentelle, la vanité de l’un avait été si travaillée par la flatterie de l’autre, qu’elle avait mené par degrés à tout le reste. Elinor se souvint de ce que Robert lui avait dit dans Harley Street, de son opinion de ce que sa propre médiation dans les affaires de son frère aurait pu faire, si elle eût été employée à temps. Elle le répéta à Edward.
« C’était exactement comme Robert », fut son observation immédiate. « Et cela », ajouta-t-il bientôt, « était peut-être dans sa tête quand la connaissance entre eux commença. Et Lucy peut-être d’abord ne pensa qu’à obtenir ses bons offices en ma faveur. D’autres desseins purent surgir après. »
Depuis combien de temps cela se passait entre eux, il était aussi en défaut qu’elle à le découvrir ; car à Oxford, où il était resté par choix depuis qu’il avait quitté Londres, il n’avait eu moyen de l’entendre parler que d’elle-même, et ses lettres jusqu’à la dernière n’avaient été ni moins fréquentes ni moins affectueuses qu’à l’ordinaire. Aucune soupçon donc n’était jamais survenu pour le préparer à ce qui suivit ; — et quand enfin cela éclata sur lui dans une lettre de Lucy même, il avait été, crut-il, quelque temps à demi stupéfié entre la merveille, l’horreur et la joie d’une telle délivrance. Il mit la lettre entre les mains d’Elinor.
« CHER MONSIEUR, « Étant très sûre d’avoir depuis longtemps perdu votre affection, je me suis crue libre de donner la mienne à un autre, et ne doute point d’être aussi heureuse avec lui que j’ai autrefois pensé pouvoir l’être avec vous ; mais je dédaigne d’accepter une main quand le cœur est à un autre. Je vous souhaite sincèrement heureux dans votre choix, et ce ne sera pas ma faute si nous ne sommes pas toujours bons amis, comme notre proche parenté le rend à présent convenable. Je puis sûrement dire que je ne vous veux aucun mal, et suis sûre que vous serez trop généreux pour nous en faire aucun. Votre frère a gagné mon affection entièrement, et comme nous ne pouvions vivre l’un sans l’autre, nous revenons à l’instant de l’autel, et sommes à présent en chemin pour Dawlish pour quelques semaines, lieu que votre cher frère a grande curiosité de voir, mais a pensé que je vous importunerais d’abord de ces quelques lignes, et resterai toujours,
« Votre sincère bienveillante, amie et sœur, « LUCY FERRARS.
« J’ai brûlé toutes vos lettres, et vous rendrai votre portrait à la première occasion. Veuillez détruire mes griffonnages — mais la bague avec mes cheveux vous êtes bien libre de la garder. »
Elinor lut et la rendit sans commentaire.
« Je ne vous demanderai pas votre opinion de cela comme composition, dit Edward. — Pour des mondes je n’aurais voulu qu’une lettre d’elle fût vue par vous jadis. — Dans une sœur c’est assez mauvais, mais dans une épouse ! — comme j’ai rougi sur les pages de son écriture ! — et je crois pouvoir dire que depuis le premier demi-an de notre folle — affaire — c’est la seule lettre que j’aie jamais reçue d’elle, dont la substance m’ait fait quelque amende pour le défaut du style. »
« De quelque manière que cela soit arrivé, dit Elinor après une pause, — ils sont certainement mariés. Et votre mère s’est attiré une punition des plus appropriées. L’indépendance qu’elle a fixée à Robert, par ressentiment contre vous, l’a mis en pouvoir de faire son propre choix ; et elle a en fait corrompu un fils avec mille livres par an, pour faire la chose même pour laquelle elle a déshérité l’autre pour avoir eu l’intention de la faire. Elle sera à peine moins blessée, je suppose, par le mariage de Robert avec Lucy, qu’elle ne l’eût été par votre mariage avec elle. »
« Elle en sera plus blessée, car Robert a toujours été son favori. — Elle en sera plus blessée, et sur le même principe le pardonnera bien plus tôt. »
Dans quel état l’affaire se tenait à présent entre eux, Edward ne le savait, car nulle communication avec aucun de sa famille n’avait encore été tentée par lui. Il avait quitté Oxford dans les vingt-quatre heures après l’arrivée de la lettre de Lucy, et avec un seul objet devant lui, le chemin le plus court vers Barton, n’avait eu loisir de former aucun plan de conduite, auquel ce chemin ne tînt la connexion la plus intime. Il ne pouvait rien faire jusqu’à ce qu’il fût assuré de son sort avec Mlle Dashwood ; et par sa rapidité à chercher ce sort, il est à supposer, en dépit de la jalousie avec laquelle il avait jadis pensé au Colonel Brandon, en dépit de la modestie avec laquelle il estimait ses propres mérites, et de la politesse avec laquelle il parlait de ses doutes, qu’il n’attendait pas, dans l’ensemble, une réception très cruelle. C’était son affaire pourtant de dire qu’il l’attendait, et il le dit très joliment. Ce qu’il pût dire sur le sujet douze mois après, doit être renvoyé à l’imagination des maris et des femmes.
Que Lucy avait certainement eu l’intention de tromper, de s’en aller avec un éclat de malice contre lui dans son message par Thomas, était parfaitement clair pour Elinor ; et Edward lui-même, à présent pleinement éclairé sur son caractère, n’avait point de scrupule à la croire capable de la dernière bassesse d’une méchanceté gratuite. Bien que ses yeux eussent été ouverts depuis longtemps, même avant que sa connaissance avec Elinor commençât, sur son ignorance et un manque de libéralité en quelques-unes de ses opinions — ils avaient été également imputés, par lui, à son manque d’éducation ; et jusqu’à ce que sa dernière lettre l’atteignît, il avait toujours cru en elle comme une bien-disposée, bonne fille, et profondément attachée à lui-même. Rien que telle persuasion n’aurait pu l’empêcher de mettre fin à un engagement, qui, longtemps avant que la découverte en le livrât à la colère de sa mère, avait été une source continuelle d’inquiétude et de regret pour lui.
« Je pensai que c’était mon devoir, dit-il, indépendamment de mes sentiments, de lui donner l’option de continuer l’engagement ou non, quand je fus renié par ma mère, et me trouvai en apparence sans ami au monde pour m’assister. Dans une telle situation que celle-là, où il ne semblait rien pour tenter l’avarice ou la vanité de créature vivante, comment pouvais-je supposer, quand elle insista si instamment, si chaudement de partager mon sort, quel qu’il fût, que rien sinon l’affection la plus désintéressée fût son motif ? Et même à présent, je ne puis comprendre sur quel mobile elle agit, ou quel avantage fantasmé cela pouvait être pour elle, d’être enchaînée à un homme pour qui elle n’avait la plus petite estime, et qui n’avait que deux mille livres au monde. Elle ne pouvait prévoir que le Colonel Brandon me donnerait un bénéfice. »
« Non ; mais elle put supposer que quelque chose surgirait en votre faveur ; que votre propre famille pourrait avec le temps se radoucir. Et en tout cas, elle ne perdit rien à continuer l’engagement, car elle a prouvé qu’il n’enchaînait ni son inclination ni ses actions. La connexion était certainement respectable, et lui gagna probablement de la considération parmi ses amis ; et, si rien de plus avantageux n’arrivait, il valait mieux pour elle de vous épouser que de rester célibataire. »
Edward fut, bien sûr, aussitôt convaincu que rien n’aurait pu être plus naturel que la conduite de Lucy, ni plus évident que le mobile d’icelle.
Elinor le gronda, durement comme les dames grondent toujours l’imprudence qui les complimente elles-mêmes, pour avoir passé tant de temps avec elles à Norland, quand il avait dû sentir sa propre inconstance.
« Votre comportement était certainement très mauvais, dit-elle ; parce que — pour ne rien dire de ma propre conviction, nos parents furent tous entraînés par lui à imaginer et attendre ce qui, comme vous étiez alors situé, ne pouvait jamais être. »
Il ne put plaider qu’une ignorance de son propre cœur, et une confiance erronée en la force de son engagement.
« J’étais assez simple pour penser, que parce que ma foi était engagée à une autre, il ne pouvait y avoir de danger à être avec vous ; et que la conscience de mon engagement était pour garder mon cœur aussi sûr et sacré que mon honneur. Je sentis que je vous admirais, mais me dis que c’était seulement de l’amitié ; et jusqu’à ce que je commençasse à faire des comparaisons entre vous et Lucy, je ne sus pas jusqu’où j’étais allé. Après cela, je suppose, je fus mauvais de rester tant en Sussex, et les arguments avec lesquels je me réconciliai avec l’expédience de cela, n’étaient pas meilleurs que ceux-ci : — Le danger est mien ; je ne fais de tort à personne sinon à moi-même. »
Elinor sourit, et secoua la tête.
Edward entendit avec plaisir que le Colonel Brandon était attendu au Cottage, car il souhaitait réellement non seulement mieux le connaître, mais avoir une occasion de le convaincre qu’il ne lui en voulait plus de lui avoir donné le bénéfice de Delaford — « Lequel, à présent, dit-il, après des remerciements si peu gracieusement rendus que les miens le furent en l’occurrence, il doit penser que je ne lui ai jamais pardonné de l’offrir. »
À présent il s’étonnait lui-même de n’y être jamais allé. Mais si peu d’intérêt y avait-il pris, qu’il devait toute sa connaissance de la maison, du jardin et du presbytère, de l’étendue de la paroisse, de la condition des terres et du taux des dîmes, à Elinor elle-même, qui en avait tant entendu du Colonel Brandon, et l’avait entendu avec tant d’attention, qu’elle en était entièrement maîtresse du sujet.
Une question après cela seulement restait indécise entre eux, une difficulté seulement était à surmonter. Ils étaient rapprochés par une affection mutuelle, avec l’approbation la plus chaude de leurs vrais amis ; leur connaissance intime l’un de l’autre semblait rendre leur bonheur certain — et il ne leur manquait que de quoi vivre. Edward avait deux mille livres, et Elinor une, qui, avec le bénéfice de Delaford, était tout ce qu’ils pouvaient nommer leur ; car il était impossible que Mme Dashwood avançât quoi que ce fût ; et ils n’étaient ni l’un ni l’autre assez amoureux pour penser que trois cent cinquante livres par an leur fourniraient les commodités de la vie.
Edward n’était pas entièrement sans espoir de quelque changement favorable de sa mère envers lui ; et sur cela il s’appuyait pour le résidu de leur revenu. Mais Elinor n’avait pas telle dépendance ; car puisqu’Edward serait encore incapable d’épouser Mlle Morton, et que son choix d’elle-même avait été parlé dans le langage flatteur de Mme Ferrars comme seulement un moindre mal que son choix de Lucy Steele, elle craignit que l’offense de Robert ne servît d’autre but que d’enrichir Fanny.
Environ quatre jours après l’arrivée d’Edward parut le Colonel Brandon, pour compléter la satisfaction de Mme Dashwood, et lui donner la dignité d’avoir, pour la première fois depuis son établissement à Barton, plus de compagnie que sa maison ne pouvait en contenir. Edward fut autorisé à retenir le privilège de premier venu, et le Colonel Brandon par conséquent marchait chaque nuit à son vieux quartier au Parc ; d’où il revenait d’ordinaire le matin, assez tôt pour interrompre le premier tête-à-tête des amants avant le déjeuner.
Une résidence de trois semaines à Delaford, où, à ses heures du soir au moins, il avait peu à faire sinon de calculer la disproportion entre trente-six et dix-sept, l’amena à Barton dans un tempérament d’esprit qui requérait tout l’amélioration de l’air de Marianne, toute la bonté de son accueil, et tout l’encouragement du langage de sa mère, pour le rendre gai. Parmi de tels amis pourtant, et de tels flatteries, il revécut. Nul bruit du mariage de Lucy ne l’avait encore atteint : — il ne savait rien de ce qui s’était passé ; et les premières heures de sa visite furent conséquemment passées à entendre et à s’étonner. Tout lui fut expliqué par Mme Dashwood, et il trouva fresh raison de se réjouir de ce qu’il avait fait pour M. Ferrars, puisqu’en fin cela promut l’intérêt d’Elinor.
Il serait superflu de dire que les messieurs avancèrent dans la bonne opinion l’un de l’autre, à mesure qu’ils avancèrent dans la connaissance l’un de l’autre, car cela ne pouvait être autrement. Leur ressemblance en bons principes et bon sens, en disposition et manière de penser, eût probablement suffi à les unir en amitié, sans aucune autre attraction ; mais leur être amoureux de deux sœurs, et deux sœurs affectionnées l’une à l’autre, rendit ce regard mutuel inévitable et immédiat, qui eût autrement attendu l’effet du temps et du jugement.
Les lettres de la ville, qui quelques jours auparavant eussent fait tressaillir chaque nerf du corps d’Elinor de transport, arrivaient à présent pour être lues avec moins d’émotion que de mirth. Mme Jennings écrivit pour conter le conte merveilleux, pour venter son indignation honnête contre la fille délaissante, et répandre sa compassion vers le pauvre M. Edward, qui, elle était sûre, avait tout à fait raffolé de la worthless hussy, et était à présent, à tout compte, presque le cœur brisé, à Oxford. « Je pense, continua-t-elle, rien ne fut jamais mené si sly ; car ce n’était que deux jours avant que Lucy ne vînt et s’assît une couple d’heures avec moi. Âme ne soupçonna quoi que ce fût de la matière, pas même Nancy, qui, pauvre âme ! vint pleurant à moi le jour après, dans une grande frayeur pour peur de Mme Ferrars, ainsi que ne sachant comment aller à Plymouth ; car Lucy il semble emprunta tout son argent avant de s’en aller se marier, à dessein, supposons-nous, d’en faire parade, et pauvre Nancy n’avait pas sept shillings au monde ; si je fus très aise de lui donner cinq guinées pour la mener à Exeter, où elle pense rester trois ou quatre semaines avec Mme Burgess, dans l’espoir, comme je lui dis, de retomber sur le Docteur encore. Et je dois dire que la crossness de Lucy de ne pas les prendre avec eux en chaise est pire que tout. Pauvre M. Edward ! Je ne puis le tirer de ma tête, mais vous devez l’envoyer quérir à Barton, et Mlle Marianne doit essayer de le consoler. »
Les strains de M. Dashwood étaient plus solennels. Mme Ferrars était la plus malheureuse des femmes — pauvre Fanny avait souffert des agonies de sensibilité — et il considérait l’existence de chacune, sous un tel coup, avec une gratitude étonnée. L’offense de Robert était impardonnable, mais celle de Lucy était infiniment pire. Ni l’un ni l’autre ne devaient plus jamais être mentionnés à Mme Ferrars ; et même, si elle pouvait ci-après être induite à pardonner à son fils, son épouse ne devait jamais être reconnue comme sa fille, ni être permise de paraître en sa présence. Le secret avec lequel tout avait été mené entre eux, était rationnellement traité comme haussant énormément le crime, parce que, si quelque soupçon en fût survenu aux autres, des mesures propres eussent été prises pour prévenir le mariage ; et il appela Elinor à se joindre à lui pour regretter que l’engagement de Lucy avec Edward n’eût été plutôt accompli, qu’elle ne fût ainsi le moyen de répandre le malheur plus loin dans la famille. Il continua ainsi : —
« Mme Ferrars n’a jamais encore mentionné le nom d’Edward, ce qui ne nous surprend point ; mais, à notre grande astonishment, pas une ligne n’a été reçue de lui sur l’occurrence. Peut-être pourtant est-il gardé silencieux par sa peur d’offenser, et je lui donnerai donc un hint, par une ligne à Oxford, que sa sœur et moi pensons tous deux qu’une lettre de soumission propre de lui, adressée peut-être à Fanny, et par elle montrée à sa mère, ne serait pas prise en mal ; car nous savons tous la tendresse du cœur de Mme Ferrars, et qu’elle ne souhaite rien tant que d’être en bons termes avec ses enfants. »
Ce paragraphe était d’une certaine importance pour les perspectives et la conduite d’Edward. Il le détermina à tenter une réconciliation, bien non exactement de la manière pointée par leur frère et sœur.
« Une lettre de soumission propre ! répéta-t-il ; voudraient-ils que je demande pardon à ma mère pour l’ingratitude de Robert envers elle, et la rupture d’honneur envers moi ? Je ne puis faire soumission. Je ne suis devenu ni humble ni pénitent par ce qui s’est passé. Je suis devenu très heureux ; mais cela ne les intéresserait point. Je ne connais soumission qui me soit propre à faire. »
« Vous pouvez certainement demander à être pardonné, dit Elinor, parce que vous avez offensé ; — et je penserais que vous pourriez à présent vous aventurer jusqu’à professer quelque souci d’avoir jamais formé l’engagement qui attira sur vous la colère de votre mère. »
Il convint qu’il le pourrait.
« Et quand elle vous aura pardonné, peut-être un peu d’humilité sera-t-elle commode tout en reconnaissant un second engagement, presque aussi imprudent à ses yeux que le premier. »
Il n’avait rien à opposer, mais résistait encore à l’idée d’une lettre de soumission propre ; et donc, pour le lui faciliter, comme il déclara une beaucoup plus grande volonté de faire des concessions mesquines de vive voix que sur papier, il fut résolu que, au lieu d’écrire à Fanny, il irait à Londres, et intreaterait personnellement ses bons offices en sa faveur. « Et s’ils s’intéressent réellement, dit Marianne, dans son nouveau caractère de candeur, à mener à une réconciliation, je penserai que même John et Fanny ne sont pas entièrement sans mérite. »
Après une visite du côté du Colonel Brandon de seulement trois ou quatre jours, les deux messieurs quittèrent Barton ensemble. Ils devaient aller immédiatement à Delaford, afin qu’Edward pût avoir quelque connaissance personnelle de son futur foyer, et assister son patron et ami à décider quelles améliorations y étaient requises ; et de là, après y avoir passé un couple de nuits, il devait procéder en son voyage vers la ville.
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