CHAPTER THE LAST
Chapitre 45 : LE DERNIER CHAPITRE
LE DERNIER CHAPITRE
La première fois que j’ai eu Tom seul à seul, je lui ai demandé quel était son idée, au moment de l’évasion ? — qu’est-ce qu’il avait prévu de faire si l’évasion réussissait et qu’il parvenait à libérer un nègre qui était déjà libre avant ? Et il a dit que ce qu’il avait dans la tête depuis le début, si on sortait Jim sain et sauf, c’était de le faire descendre le fleuve sur le radeau, et de vivre des aventures jusqu’à l’embouchure de la rivière, puis de lui annoncer qu’il était libre, et de le ramener chez lui en bateau à vapeur, avec classe, et de le payer pour le temps perdu, et d’envoyer un mot d’avance pour rassembler tous les nègres du pays, et de les faire entrer dans la ville en le portant en triomphe avec un cortège de torches et une fanfare de cuivres, et alors il serait un héros, et nous aussi. Mais j’ai pensé que ça valait à peu près autant comme ça s’était passé.
On a débarrassé Jim de ses chaînes en un rien de temps, et quand tante Polly et oncle Silas et tante Sally ont vu comme il avait bien aidé le docteur à soigner Tom, ils en ont fait un grand plat, l’ont bien arrangé, lui ont donné tout ce qu’il voulait à manger, du bon temps, et rien à faire. On l’a fait monter dans la chambre du malade, et on a eu une grande conversation ; et Tom a donné quarante dollars à Jim pour avoir été notre prisonnier avec tant de patience, et pour s’en être si bien tiré, et Jim était presque mort de joie, et il a éclaté, et dit :
« V’là, tiens, Huck, c’que j’te disais ? — c’que j’te disais là-haut dans l’île Jackson ? J’t’avais dit qu’j’avais un poil sur la poitrine, et c’était quoi le signe ; et j’t’avais dit qu’j’avais été riche une fois, et qu’j’allais l’être encore ; et c’est arrivé ; et la v’là ! Tiens, v’là ! cause pas avec moi — les signes sont des signes, j’te l’dis ; et j’savais aussi bien qu’j’allais r’devenir riche que j’suis là debout à c’te minute ! »
Et puis Tom a causé, et causé, et il dit, allez, nous trois on se tire d’ici un de ces soirs et on s’équipe, et on va pour des aventures à hurler chez les Indiens, là dans le Territoire, pour une couple de semaines ou deux ; et j’dis, d’accord, ça me va, mais j’ai pas d’argent pour acheter l’équipement, et j’crois que j’en tirerais pas de chez nous, parce qu’probable que papa est revenu d’ici là, et qu’il a tout pris à juge Thatcher et qu’il a tout bu.
« Non, il est pas revenu, dit Tom ; c’est encore là — six mille dollars et plus ; et ton papa est pas revenu depuis. En tout cas pas quand j’suis parti. »
Jim dit, avec une espèce de solennité :
« Il reviendra plus, Huck. »
J’dis :
« Pourquoi, Jim ? »
« T’occupe pourquoi, Huck — mais il reviendra plus. »
Mais j’ai insisté ; alors enfin il dit :
« Te rappelles-tu la maison qui descendait la rivière, et qu’y avait un homme dedans, couvert, et j’suis entré et j’l’ai découvert et j’t’ai pas laissé entrer ? Eh ben, tu pourras prendre ton argent quand tu voudras, car c’était lui. »
Tom est presque guéri, et il a sa balle au cou sur une chaînette de montre pour montre, et il regarde toujours quelle heure il est, et alors y a plus rien à écrire, et j’en suis rudement content, car si j’avais su c’que c’est d’un tracas que de faire un livre, j’m’y serais pas mis, et j’en recommencerai pas. Mais j’crois que j’dois filer pour le Territoire avant les autres, parce que tante Sally elle veut m’adopter et me civiliser, et j’peux pas supporter ça. J’y ai déjà été.
FIN. VOTRE DÉVOUÉ, HUCK FINN.
“Stories of the world, in your language.”